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Supplément d'âme numéro 7
De Jules Ferry, Viviane Platet, Michel Perdrial, Annick Delacroix, Marie Boudet, Paul Carbone, Serge Jean, Sébastien Jarnot, Anne-Marie Bosserdet, René Pons, Michel Butel, Michel Thévoz, Bernard Cosson, Claude Guillon, Odon Abbal et Peter Wortsman
LettMotif - Collection : Supplément d'âme - juillet 1997
Avis des lecteurs
Sur un sujet aussi monumental que l’école, aussi commun, aussi sensible, il fallait s’attendre à tout : de la maîtresse moustachue jusqu’au bizutage intolérable, en passant par les chiottes dans la cour et les récréations stridulantes où se donnent et se prennent les coups qu’on rendra au centuple une fois adulte.
C’est pourquoi, prudents et précis, nous avons ajouté « attention ». Perche tendue aux instituteurs, professeurs que ces mots associés pouvaient agacer ou enthousiasmer, et bien sûr aux écrivains que la chose scolaire asticote.
Autant cracher dans l’eau : le corps enseignant est muet. A moins que l’intérêt de son ministère pour le poids des cartables ait achevé de le consterner.
Toujours est-il qu’il n’a pas eu le cran de faire cent lignes sur sa grandeur et sa décadence. Disons que nous imaginions recevoir quelques anecdotes exemplaires, quelques coups de gueule à défaut de textes de réflexion. Las ! Même leurs souvenirs sèchent. Ou bien est-ce l’encre à l’approche des vacances d’été ? C’est dire si le plus beau métier du monde en a pris. Ça méritait qu’on lui secoue les palmes, pardon les plumes.
Alors, voici le programme : l’école est un moindre mal. C’est tout. Hors l’apprentissage de base, lecture, calcul, écriture, les enfants perdent un temps précieux dans les classes. Non parce que le reste n’a pas d’importance (encore faudrait-il se poser la question du vrai savoir) mais parce que ce reste-là, tel qu’il est transmis, est matière à leur faire croire en des valeurs dangereuses, à déformer la réalité, à canaliser leur imaginaire, à former en eux des stéréotypes et des obéissances primaires, à les sociabiliser à outrance, à les rentabiliser. Et ceci dès l’âge tendre. Théoriquement, ça devrait faire peur.
Non, ça amuse. Tout comme l’armée, le mariage, la messe, la démocratie (encore un moindre mal), l’école fournit, dans les dîners, des sujets de conversation inépuisables, des moissons de souvenirs pleins de détails humiliants pour les protagonistes mais drôles à pisser pour les autres. Il y a, d’ailleurs, à puiser ainsi dans l’enfance pour cimenter les différences et se marrer en société, quelque chose qui rappelle les fonds de sauce dans les cocottes froides : du gras et du figé. Nom d’un chien, on s’en souvient pourtant. On n’est pas idiot. On a bien rué dans les brancards quelquefois. Il y a eu des alertes. Quelque alarme a dû sonner dans nos jeunes cervelles. Une punition. Une raclée. Un cartable vidé dans les orties…
Extrait de l’éditorial
PDF, format 140 x 210, 104 pages
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